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  • Edito – La créativité au service de l'infirmière...


    Par les temps qui courent et au vu d'un certain découragement et d'une grande morosité observés chez les infirmières1 en tout lieux de soins, j'ose le saut de côté qui pourrait paraître inopportun, voire totalement décalé de la dure réalité des services, en me ralliant aux propos développés dans un excellent article2 d'une consœur québécoise, Margot Phaneuf, qui prône le recours « à la créativité », une possibilité thérapeutique souvent peu explorée - et de fait valorisée - par les infirmières pour mieux aider les patients, notamment lorsqu'ils sont douloureux.

    Edito – La créativité au service de l'infirmière...Pour Margot Phaneuf (formation universitaire en sciences infirmières, maîtrise de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, doctorat en didactique), « il est fréquent que l’infirmière rencontre des personnes de tous âges faisant l’expérience de moments très difficiles pour lesquels notre arsenal thérapeutique demeure insuffisant. Que ce soient des enfants, des adultes dépassés par la douleur physique, surtout si elle se révèle chronique, des sujets que la souffrance psychologique afflige, des personnes en fin de vie ou encore des malades âgés que le vieillissement fait régresser, leur détresse l’interpelle. Et, très souvent, elle se demande qu’est-ce qu’elle pourrait faire pour les aider au-delà de la médication et de la thérapeutique courante. (…) Pourtant, il arrive que nous puissions, directement par nos interventions ou plus indirectement par nos suggestions, proposer des alternatives qui permettent à la personne en détresse de trouver un peu de soulagement. » Margot Phaneuf argumente donc en faveur de « la diversion au service du mieux-être et du soulagement de la douleur ». « Il est prouvé que la diversion permet au sujet de diminuer son stress, de se distancier de sa douleur physique, de permettre, chez lui, un meilleur équilibre sympathique/parasympathique et de créer ainsi, un état plus favorable au jeu des mécanismes intrinsèques du soulagement de la douleur, c'est-à-dire la sécrétion des endorphines, nos analgésiques physiologiques » écrit-elle. Elle explore ainsi la thérapie par le rire, la gélothérapie, un rire joyeux représente en effet un exercice remarquable pour le corps, un genre de « jogging intérieur ». Et de rappeler que si la présence des Docteurs Clowns est appréciée dans les services de pédiatrie, « il n’est en somme nécessaire que d’un nez rouge et d’un chapeau drôle pour opérer cette transformation. C’est l’attitude ludique et la volonté d’aider l’enfant qui comptent plus que le costume… ». Margot Phaneuf souligne également l'importance « de notre manière de créer la relation avec le malade et notre attitude lors des soins. La douceur d’un sourire, le baume de paroles chaleureuses et drôles, peuvent faire la différence en dédramatisant la situation. Certains auteurs voient même l’humour bien placé comme une habileté de relation d’aide. » Au-delà de la thérapie par le rire, Margot Phaneuf insiste sur le fait que l’utilisation de diverses formes d’art, que ce soit la musique, le dessin, l'écriture... est bénéfique et que l’art-thérapie peut devenir « un outil d’empowerment inestimable pour faire face à des expériences douloureuses. »

    Certes, ces pratiques « diversives » ne sont pas accessibles dans tous les services de soins et il est plus facile de les proposer en psychiatrie, en pédiatrie, en gériatrie... que dans les services de soins aigus. « Pour de nombreux malades que ce soit des cancéreux, souffrants, rongés par l’inquiétude et dépassés par les désagréments de leurs traitements, des personnes qui vivent les tourments d’une maladie physique chronique ou des personnes âgées en perte d’autonomie cognitive, l’expression de soi à travers une activité artistique, peut devenir une échappatoire, un moyen de prendre ses distances avec l’anxiété et la souffrance et de reprendre goût à la vie. La créativité leur communique la sensation d’être vivant, pour un temps et l’envie de goûter pleinement les moments qui leur sont encore donnés » souligne Margot Phaneuf. Cependant, poursuit-elle, « il faut reconnaître que de multiples embûches se dressent pour qui veut emprunter cette voie de la diversion dans les soins. D’abord, la personne n’est pas toujours en état de s’adonner à de telles activités et nos services très conformistes ne possèdent pas cette approche dans leurs habitudes ». Et de conclure, « les voies nouvelles sont parfois difficiles à emprunter, mais combien satisfaisantes lorsqu’elles nous conduisent à de bons résultats. Tous les moyens sont bons lorsqu’ils sont efficaces disait Jean-Paul Sartre et c’est un peu vrai pour nous en soins infirmiers lorsqu’il s’agit du bien-être des malades. Aussi, pourquoi ne pas utiliser notre propre créativité et oser proposer des interventions moins habituelles… ? »

    Alors bien sûr, certains verront dans cette prose de fin de semaine, des propos bien éloignés des préoccupations urgentes des soignants, voire quelque peu candides. Faisons donc preuve de créativité à notre tour et, dans une dernière pirouette, inversons-les et mettons-les dans la bouche des décideurs en tous genres du monde de la santé pour pouvoir lire ceci : « Tous les moyens sont bons lorsqu’ils sont efficaces disait Jean-Paul Sartre et c’est un peu vrai lorsqu’il s’agit du bien-être des soignants. Aussi, pourquoi ne pas utiliser notre propre créativité et oser proposer des interventions moins habituelles… ? » François, Nicolas, Hervé, Eva, Jean-Luc, Dominique, Christine... si vous nous entendez ?

    Note

    1. Lire partout infirmier/infirmière
    2. Lire ici l'intégralité de l'article de Margot Phaneuf « « La créativité au service de l'infirmière »

    Bernadette FABREGAS
    Rédactrice en chef IZEOS
    bernadette.fabregas@izeos.com



  • Symposium – Plaies chroniques, pansements et qualité de vie

    Symposium – Plaies chroniques, pansements et qualité de vie

    Au-delà de l’efficacité et du confort que peut apporter un pansement, quel qu’il soit, à un patient porteur d’une plaie, notamment chronique, la question plus globale, de sa qualité de vie s’impose aujourd’hui aux soignants. Douleur, anxiété, intégrité corporelle… autant de critères pluriels qu’ils doivent intégrer à leur prise en charge, reconnaissant ainsi le patient dans sa globalité. Lors de la 16e Conférence nationale des Plaies et Cicatrisations, le 16 janvier 2012, à Paris, les Laboratoires Genévrier conviaient donc les infirmières à y réfléchir lors d’un symposium intitulé « De la prise en charge de la plaie à la prise en charge globale du patient » dont nous vous restituons ici les temps forts autour des trois interventions qui l'ont constitué.

    Quid de l’efficacité des pansements ?

    Collection du Pr P. Humbert Le Pr. Olivier Dereure (service de Dermatologie, CHRU, Montpellier) l’a rappelé en préambule de son intervention « Efficacité des pansements : quelles exigences et quelles preuves ? », les plaies chroniques sont aujourd’hui un véritable problème de santé publique en lien avec une population vieillissante, une augmentation des maladies vasculaires chroniques, un déficit de prévention à leur égard, des coûts, tant financiers qu’humains importants bien que difficiles à évaluer précisément, un besoin croissant en dispositifs médicaux promoteurs de cicatrisation mais dont le service médical rendu n’est pas toujours bien évalué.

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    Quid de la prise en charge de la douleur ?

    Quid de la prise en charge de la douleur ?Le Dr Patrick Giniès (département d’évaluation de la douleur, CHRU, Montpellier) est intervenu sur le thème suivant « Prise en charge de la douleur : quelles exigences et quelles preuves ? ». Il a souligné d’emblée que « la mesure de la douleur est le dernier temps du diagnostic mais le premier temps du traitement », rappelant que si le clinicien a devant les yeux une plaie, derrière elle, il y a une histoire de vie, et même deux, celle du patient et celle du soignant. La douleur, quand elle est répétée et vécue de façon récurrente, complique en effet le quotidien du patient (retard de cicatrisation, troubles de l’humeur, irritabilité, modification de l’image de soi)...

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    Quid de la qualité de vie ?

    Quid de la qualité de vie ?Depuis le début des années deux mille, l’intérêt pour la qualité de vie en cicatrisation va croissant. Cette dernière, en adoptant comme point de vue la globalité de l’individu, intègre les personnes comme acteurs et non comme malades ou usagers. Il s’agit donc de rassembler des données fiables qui permettent de juger de la pertinence des interventions de chacun et de guider les pratiques des professionnels de santé ; des interventions fiables qui doivent être validées et reproductibles. Lors de son intervention intitulée « Qualité de vie : quelles exigences et quelles preuves » Pascal Vasseur infirmier, expert en cicatrisation et formateur (Marseille), a rappelé « que ces trois mots - qualité de vie - ont un poids énorme dans la vie de quiconque, mais surtout dans une vie vécue avec une plaie.

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    Ce que l'on peut en retenir

    Ces trois interventions, bien articulées, auront rappelé que la notion de globalité, si souvent banalisée à force de la répéter, est indispensable lorsqu’on envisage la prise en charge de plaies chroniques. Bien au-delà d’une utilisation documentée et technique des dispositifs médicaux, aussi performants soient-il, cliniciens et soignants, ne doivent pas oublier d’appréhender le patient dans toute sa profondeur car c’est souvent là que réside la clé d’une meilleure évolution cutanée.

    Symposium « De la prise en charge de la plaie à la prise en charge globale du patient », 16 janvier 2012, Laboratoires Genévrier, 16e Conférence nationale des Plaies et Cicatrisations, Palais des Congrès de Paris.


    Cet article a été réalisé en partenariat avec les Laboratoires Genévrier

    Bernadette FABREGAS
    Rédactrice en chef IZEOS
    Bernadette.fabregas@izeos.com



  • Plaies et cicatrisations - Quid de la qualité de vie ?

    Quid de la qualité de vie ?Depuis le début des années deux mille, l’intérêt pour la qualité de vie en cicatrisation va croissant. Cette dernière, en adoptant comme point de vue la globalité de l’individu, intègre les personnes comme acteurs et non comme malades ou usagers. Il s’agit donc de rassembler des données fiables qui permettent de juger de la pertinence des interventions de chacun et de guider les pratiques des professionnels de santé ; des interventions fiables qui doivent être validées et reproductibles.

    Lors de son intervention intitulée « Qualité de vie : quelles exigences et quelles preuves ? », Pascal Vasseur infirmier expert en cicatrisation et formateur (Marseille), a rappelé « que ces trois mots - qualité de vie - ont un poids énorme dans la vie de quiconque, mais surtout dans une vie vécue avec une plaie. Ils sont souvent le sujet de discussion des professionnels de santé en termes de prise en charge, de résultats ou de coût, mais aussi dans le processus d'élaboration d'outils cliniques ou de normes ». La qualité de vie fait en effet aujourd'hui partie des critères qu'intègrent volontiers les travaux d'évaluation en santé et ce, qu'il s'agisse d'apprécier les conséquences des pathologies ou de comparer l'impact des stratégies alternatives ou encore d'en évaluer leurs effets. L’infirmier l’a souligné, « introduire la notion de qualité de vie prend en considération la perception qu’a le patient de son propre état de santé. Cette évaluation - ou auto-évaluation - se fait à l’aide d’instruments de mesure spécifiques. Elle se fonde largement sur la définition de l'Organisation Mondiale de la Santé qui ne définit pas la santé comme la seule absence de maladie mais comme un état “complet de bien-être physique, affectif et social”». Ainsi, améliorer la qualité de vie d’un patient consiste à réduire les répercussions fonctionnelles négatives de sa maladie et de ses traitements, tels qu’il les perçoit. « Penser les soins en termes de qualité de vie, a poursuivi Pascal Vasseur, c’est aussi admettre une dimension du soin qui peut nous échapper, qui ne se révèle pas forcément à notre logique de soignant, quelle que soit « l’humanité » qui génère nos actes. »

    « Il n’existe pas de qualité de vie sans une appréciation plus large des concepts d’autonomie, d’intégrité et de dignité de la personne soignée ».

    La première étape demeure l’évaluation. Ainsi, le questionnaire utilisé dans de nombreuses enquêtes sur la qualité de vie des patients atteints de maladies chroniques est le Short-Form 36 (SF36), questionnaire englobant 149 items et élaboré pour évaluer la manière dont l’organisation du système de santé américain affecte l’issue de soins. Adapté dans plus de 60 pays, le SF-36 constitue à l’heure actuelle le questionnaire validé en français le plus utilisé. Il possède de bonnes propriétés psychométriques en termes de fidélité et de validité1. D’autres échelles, plus spécialisées, permettent de cibler plus précisément les pathologies dermatologiques comme le Dermatology Life Quality Index (DLQI), seulement disponible en anglais, ou le VQ-dermato, disponible en français. Sous la forme d’un autoquestionnaire de 28 questions, il a été élaboré et validé selon les règles de l’art sur un échantillon large de malades atteints de dermatoses chroniques et parmi elles, les ulcères de jambe2.

    Pascal Vasseur l’a souligné, « une vie de qualité est une vie comprenant des plaisirs, petits et grands, car le plaisir est un bien comme la douleur est un mal, une vie de douleur ne peut pas être une vie de qualité. Une vie de qualité est une vie dans laquelle nous pouvons mener et continuer à mener des activités dans lesquelles nous nous épanouissons d’où l’importance d’une santé fonctionnelle. Une vie de qualité doit permettre à chacun d’exprimer son autonomie, son intégrité et sa dignité ». Le philosophe Paul Ricœur explique que la notion de qualité de vie - et donc de dignité - renvoie à l’idée que « quelque chose est dû à l’être humain du fait qu’il est humain ». Toute altération des fonctions de la peau, non seulement par la dégradation de ses différentes fonctions de défense, de perception et de renouvellement mais aussi par le retentissement psychologique qu’elle induit conduit fréquemment à une restriction des activités du patient et peut altérer sa vie sociale, personnelle et professionnelle, et par là même, dégrader très nettement sa qualité de vie. « Quid alors de son autonomie, de sa capacité à choisir, à décider ou simplement à adhérer à ce qu’on lui propose – ou plutôt impose - en matière de soins… a poursuivi l’infirmier. Sur l’échelle des valeurs et des priorités, il peut y avoir hiatus, chacun, soignant et soigné réagissant avec ce qu’il est au moment où il est… ». De la même façon, l‘atteinte de l’intégrité corporelle retentit sur la relation à autrui. Elle modifie l’image que la personne a d’elle-même et celle qu’elle donne à voir aux autres car les plaies chroniques vont à l’encontre du processus de cicatrisation classique, naturel et attendu par le patient. Pascal Vasseur l’a souligné en conclusion : « les professionnels de santé accordent de plus en plus d’importance à la qualité de vie liée à la santé, et sous la pression des patients, ils peuvent reconsidérer certaines “positions” dans leurs pratiques professionnelles. Les échelles de qualité de vie doivent permettre d’évaluer les résultats de procédures chirurgicales, d’estimer les effets des protocoles thérapeutiques, de suivre l’état de santé des patients dans le temps mais également d’estimer l’impact d’une politique de santé ou d’une organisation d’un système de soins. À tout moment de la prise en charge, il faut avoir en tête qu’il n’existe pas de qualité de vie sans une appréciation plus large des concepts d’autonomie, d’intégrité et de dignité de la personne soignée ».

    Ainsi, savoir que le traitement utilisé peut réduire le tissu cicatriciel, et notamment le pansement comme c’est le cas avec ialuset®, et rendre la cicatrice la plus discrète possible, constitue une avancée majeure dans le bien être du patient, dans son estime de soi et dans l’atténuation du souvenir parfois traumatisant que peut constituer une plaie chronique dont le traitement s’est échelonné sur plusieurs mois.


    Cet article a été réalisé en partenariat avec les Laboratoires Genévrier

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    Notes

    1. http://spiral.univ-lyon1.fr/files_m/M1681/Files/146032_1746.pdf
    2. Grob JJ, Auquier P, Martin S et al. Development and validation of a quality of life measurement for chronic skin disorders in French : VQ-dermato. Dermatology, 1999, 199 : 213-222.

    Bernadette FABREGAS
    Rédactrice en chef IZEOS
    Bernadette.fabregas@izeos.com

    Quid de la qualité de vie ?


  • Plaies et cicatrisation - Quid de la prise en charge de la douleur ?

    Quid de la prise en charge de la douleur ?Le Dr Patrick Giniès (département d’évaluation de la douleur, CHRU, Montpellier) est intervenu sur le thème suivant « Prise en charge de la douleur : quelles exigences et quelles preuves ? ». Il a souligné d’emblée que « la mesure de la douleur est le dernier temps du diagnostic mais le premier temps du traitement », rappelant que si le clinicien a devant les yeux une plaie, derrière elle, il y a une histoire de vie, et même deux, celle du patient et celle du soignant. La douleur, quand elle est répétée et vécue de façon récurrente, complique en effet le quotidien du patient (retard de cicatrisation, troubles de l’humeur, irritabilité, modification de l’image de soi) mais également celui du soignant pour qui cette expérience n’est pas neutre et pouvant même s’avérer difficile (perte d’efficacité, relation conflictuelle avec le patient, positionnement délicat vis-à-vis du soin, anxiété…). De la relation établie, fruit de l’interaction de deux personnes singulières avec leur vécu, leurs valeurs, leurs craintes, dépendra donc la qualité de la prise en charge.

    « Le retrait du pansement et le nettoyage de la plaie sont souvent considérés comme les moments les plus douloureux du soin par le patient. »

    La douleur doit donc être appréhendée sous toutes ses composantes : physio-pathologique, sensorielle, affective, comportementale, cognitive… Le chirurgien René Leriche soulignait déjà en son temps que « la douleur est la résultante du conflit d’un excitant et de l’individu dans son entier »1. Et Patrick Giniès de rappeler « que si la douleur induite par les soins est une douleur par excès de nociception, elle peut également être associée à une douleur neuropathique ou psychogène préexistante. Il existe en effet un continuum entre mémoire et douleur qui suggère que le cerveau serait capable de réactiver, à partir d’une douleur nouvelle, son « patrimoine » douleur mémorisé précédemment. Il y aurait donc une empreinte de la douleur, qui subsiste, alors même que la lésion ou le stimuli douloureux a disparu. » La question de l’anticipation du soin se pose alors car une douleur mal prise en compte lors d’un pansement entraînera une majoration de celle à venir lors des gestes ultérieurs s’accompagnant d’appréhension, d’une perte de confiance et d’anxiété. Peur d’avoir mal, c’est déjà avoir mal… Rappelons que le retrait du pansement et le nettoyage de la plaie sont souvent considérés comme les moments les plus douloureux du soin par le patient. À ce sujet, une étude clinique menée en 20112 souligne que l’intensité de la douleur au retrait du pansement a été inférieure dans le groupe ialuset® que dans le groupe comparateur neutre (sans acide hyaluronique). Cet aspect est important car lors de soins récurrents sur des plaies chroniques, la douleur lors des retraits de pansements peut impacter sévèrement sur l’état psychologique du patient (appréhension, angoisse, agressivité…) ainsi que sur sa qualité de vie (lassitude, replis sur soi…).

    Le soignant a donc le devoir de ne pas passer sous silence l’expérience douloureuse du patient. La simple évaluation de la douleur, bien qu’étape indispensable, ne suffit pas. Il faut aussi de l’écoute active, un travail d’élaboration autour du ressenti douloureux, voire un traitement antalgique préventif mais aussi des apports supplémentaires tels que l’hypnose ou la relaxation. Pour Patrick Giniès, il s’agit donc « de mesurer la douleur, de la nommer et d’entrer en empathie avec le patient qui l’exprime. En effet, un patient qui souffre perd de ses fonctions cognitives, voit son univers de façon négative, est anxieux et, à la longue, devant cette chronicité qui s’installe s’aigrit et déprime. Pire, de façon psycho-fonctionnelle, il retarde ses possibilités de cicatrisation ». Quand le patient comprend que le soignant s’intéresse à lui, au-delà de sa simple plaie, il va mieux, parce qu’il communique et échange autour de ce qui pollue son quotidien et sa qualité de vie. Le fait de parler de tout autre chose permet également de limiter les tensions par le mécanisme de diversion de l’attention. « Le patient peut crier, dire, chuchoter ou taire sa douleur pour tant de raisons. A l’inverse, le soignant peut entendre, croire, noter ou nier cette plainte selon l’intérêt qu’il lui porte, le malaise qu’elle lui procure, ou encore sa compétence ou non à la prendre en charge efficacement » écrit Isabelle Gaillard, infirmière libérale3.


    Cet article a été réalisé en partenariat avec les Laboratoires Genévrier

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    Notes

    1. René Leriche, La chirurgie de la douleur, 1937.
    2. Humbert P. A multicentric comparative randomized double-blind clinical trail on the evaluation of the performance and safety of ialuset® gauze-pad vs neutral comparator in the venous or mixed origin leg ulcer treatment EADV 2011 PO1427.
    3. Diplôme universitaire plaies et cicatrisation Promotion 2006-2007 Université Joseph Fourier – Faculté de Médecine de Grenoble « Douleur et pansement d’ulcère à domicile » mémoire soutenu par Isabelle Gaillard, infirmière libérale.

    Bernadette FABREGAS
    Rédactrice en chef IZEOS
    Bernadette.fabregas@izeos.com



  • Plaies et cicatrisation - Quid de l’efficacité des pansements ?

    Collection du Pr P. Humbert Le Pr. Olivier Dereure (service de Dermatologie, CHRU, Montpellier) l’a rappelé en préambule de son intervention « Efficacité des pansements : quelles exigences et quelles preuves ? », les plaies chroniques sont aujourd’hui un véritable problème de santé publique en lien avec une population vieillissante, une augmentation des maladies vasculaires chroniques, un déficit de prévention à leur égard, des coûts, tant financiers qu’humains importants bien que difficiles à évaluer précisément, un besoin croissant en dispositifs médicaux promoteurs de cicatrisation mais dont le service médical rendu n’est pas toujours bien évalué. « Les études cliniques en la matière ne sont que peu explicites et peu de produits atteignent le niveau A (Cf. Evidence Based Medicine) a souligné le praticien. La Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu un rapport d’évaluation sur les pansements en 2007 (1) qui a fait l’effet d’un « coup de tonnerre » chez les cliniciens, rappelant en effet que seul un nombre limité d’évaluations comparatives et méthodologiquement acceptables permet de recommander l’utilisation préférentielle de certains pansements plutôt que d’autres ; des données qui demeurent d’un niveau de preuve modeste. Ces conclusions nous imposent aujourd’hui d’envisager de nouvelles études cliniques, dans les principales pathologies concernées par l’utilisation des pansements : ulcères de jambe, escarre, plaies du diabétique ». Par la suite, des recommandations ont été émises concernant les normes de la méthodologie des essais cliniques sur les plaies chroniques.

    « La HAS l’a pourtant souligné, le niveau de preuve des études cliniques est dans la grande majorité des cas insuffisant pour préciser l’indication des pansements modernes dans la stratégie thérapeutique. »

    Pour Olivier Dereure, il faut surtout aller au-delà de l’analyse de la HAS qui ne prend en compte dans son évaluation des pansements que des paramètres objectifs (réduction de taille, temps complet de cicatrisation, taux de complications...) et peu ou pas les critères subjectifs pourtant essentiels comme le confort, la douleur au retrait ou la qualité de la peau péri-lésionnelle, paramètres qui participent à une meilleure qualité de vie des patients porteurs de plaies chroniques. La HAS l’a pourtant souligné, le niveau de preuve des études cliniques est dans la grande majorité des cas insuffisant pour préciser l’indication des pansements modernes dans la stratégie thérapeutique. Dans ce contexte, les Laboratoires Genévrier qui proposent depuis 2001 un produit cicatrisant à l’acide hyaluronique (ialuset®) (cf. encadré ci-dessous) dans le traitement des plaies peu ou pas exsudatives, chroniques ou aiguës, ont souhaité mener des essais cliniques avec une méthodologie de qualité en conformité avec les standards les plus rigoureux de l’EBM. Deux études (2,3) ont ainsi été conduites chez des patients atteints d’ulcère veineux ou d’origine mixte, représentatif d’un modèle de plaie difficile à cicatriser. La finalité étant de s’interroger sur l’efficacité de l'acide hyaluronique (AH), principal composant de ialuset®, et sur le service médical rendu (non-infériorité à un pansement de référence). La première étude met en évidence pour ialuset® un gain d’environ 30% (en un mois et demi) sur la réduction de la surface de la plaie versus un comparateur neutre (pansement de même composition sans AH). La deuxième étude démontre la non-infériorité de ialuset® compresse versus un pansement de référence (le comparateur historique étant Duoderm®E) sur la réduction de la surface de la plaie et sa supériorité sur la qualité de la peau péri-lésionnelle ainsi que sur l’appréciation de son efficacité par les patients et les soignants.

    « Devant ce type de patient porteur de plaie chronique, il ne faut pas regarder la plaie, mais le patient lui-même » a rappelé Olivier Dereure en conclusion, d’autant en période de restrictions économiques qui n’épargnent pas le monde de la santé. En effet, les plaies chroniques impactent fortement la qualité de vie des patients, pouvant conduire à la perte d’autonomie, l'isolement, la perte d'image de soi, voire la dépression. Autant de complications coûteuses tant financièrement qu'humainement. Les soins de pansement avec leur récurrence et la douleur qui peut les accompagner doivent donc faire l’objet d’une réflexion clinique qui vise avec « bon sens », et au-delà du soin lui-même, à redonner au patient une certaine qualité de vie.

    À propos de l’acide hyaluronique

    À propos de l’acide hyaluroniqueL’acide hyaluronique (AH) possède un ensemble de propriétés physico-chimiques qui sous-tendent ses effets pro-cicatrisants, hygroscopiques, rhéologiques, viscoélastiques, anti-radicalaires et anti-oxydantes. In vivo, l’acide hyaluronique joue un rôle important à toutes les phases du processus de cicatrisation en favorisant la prolifération et la migration cellulaire, en modérant les conséquences de l’inflammation par ses propriétés anti-oxydantes et en participant au remodelage cutané. Au cours de cette phase ultime du processus de réparation cutanée qui conditionne le futur aspect esthétique de la cicatrice, l’acide hyaluronique fait preuve d’un effet structurant, notamment par son action sur la cohésion cellulaire et la néo-vascularisation. L’acide hyaluronique favoriserait la cicatrisation sur un mode de régénération permettant une « cicatrisation sans cicatrice ». En effet l'AH est impliqué dans plusieurs des étapes du processus de cicatrisation : l'inflammation, l'activité fibroblastique, l'angiogénèse et le phénomène de fermeture de la plaie sans cicatrice, sur un mode de « cicatrisation fœtale idéale ». Cette dernière se fait avec une restitution parfaite de la peau, sans cicatrice. Cette cicatrisation est dite de type régénératif (*).
    (*)Nasvaria H. L'acide hyaluronique, matériel biotechnologique, Ann Dermatol Venereol, 2002 ; 129;1227;1230 (pdf)


    Cet article a été réalisé en partenariat avec les Laboratoires Genévrier

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    Notes

    1. Évaluation des pansements primaires et secondaires, révision des descriptions génériques de la liste des produits et prestations remboursables, octobre 2007, Service évaluation des dispositifs, HAS
    2. Humbert P. A multicentric comparative randomized double-blind clinical trail on the evaluation of the performance and safety of ialuset® gauze-pad vs neutral comparator in the venous or mixed origin leg ulcer treatment EADV 2011 PO1427.
    3. Étude clinique multicentrique comparative, randomisée, évaluant l'efficacité et la tolérance de ialuset® compresse vs Duoderm®E dans le traitement de l'ulcère de jambe d'origine veineuse ou mixte.

    Bernadette FABREGAS
    Rédactrice en chef IZEOS
    Bernadette.fabregas@izeos.com



  • Cours IFSI – Syndrome du bébé secoué

    Le syndrome du bébé secoué est un traumatisme crânien infligé par secouement. Il est observé chez des nourrissons de moins de 1 an, souvent moins de 6 mois. Les symptômes ne sont pas spécifiques et d’importance variable. Les conséquences sont graves : décès, séquelles neurologiques. Le taux de récidive du secouement est élevé, estimé à plus de 50 % des cas, ce qui souligne l’importance de reconnaître le syndrome et de prévenir la récidive.

    Cours IFSI – Syndrome du bébé secouéC’est en 1972 qu’un radiopédiatre, John Caffey, introduit le terme « dewhiplash shaken infant syndrome » : syndrome du bébé secoué (SBS).

    Il est aisé d’expliquer au grand public pourquoi secouer un nourrisson présente pour lui un grave danger. En effet, le poids de la tête du bébé est relativement élevé par rapport à celui de son corps et les muscles de la nuque sont encore faibles. Maintenu par le tronc ou les épaules, si le bébé est secoué dans un mouvement de va-et-vient, le cerveau se déplace donc dans la boîte crânienne, ce qui produit un étirement des veines-ponts reliant le cortex cérébral et le sinus veineux. Il se produit alors des hémorragies responsables, entre autres lésions, d’hématomes sous-duraux.

    Avant d’aller plus loin dans l’approche du SBS, il est nécessaire d’apporter une précision. Globalement le SBS est aujourd'hui associé à la maltraitance. Cependant cette dernière n’est pas systématiquement intentionnelle. Le nourrisson peut être en effet secoué par une personne qui pense « bien » faire lors d'un malaise par exemple ou pour tenter de calmer ses pleurs, mais aussi par jeu, d’où la nécessité d’une large information préventive.

    L’incidence du SBS varie entre 15 et 30/100.000 enfants de moins de 1 an. Si l’on rapporte ces résultats au chiffre des naissances en France, on peut estimer que 120 à 240 nourrissons pourraient être concernés chaque année par cette maltraitance. Mais il n’existe pas de données épidémiologiques françaises.

    Quelle définition ?

    Le SBS est un problème de santé publique. Il entend un sous-ensemble des traumatismes crâniens (TC) infligés (TCI), ou TC non accidentels dans lequel c’est le secouement seul ou associé à un impact qui provoque le TCI. Le SBS survient le plus souvent chez un nourrisson de moins d'un an1.

    Il est souvent difficile de différencier TCI et TC accidentels. La méconnaissance du diagnostic fait courir un risque de récidive de la maltraitance.

    Quels éléments cliniques ?

    Éléments cliniques en faveur d’un SBS

    Le nourrisson présente les signes d’une atteinte neurologique :

    • modification du tonus musculaire dans le sens d’une hypotonie axiale ;
    • changements de comportement : le bébé ne sourit plus, ne répond que partiellement ou plus du tout aux stimuli ;
    • bombement de la fontanelle.

    Éléments cliniques non spécifiques du SBS, pouvant fausser le diagnostic :

    • le nourrisson est retrouvé mort ;
    • pleurs, geignement, irritabilité, modifications du sommeil, mauvaises prises alimentaires, moins de sourires ;
    • vomissements ;
    • pauses respiratoires ;
    • pâleur.

    Certaines données de l’anamnèse peuvent évoquer un TCI

    Éléments devant interpeller les professionnels qui reçoivent un nourrisson décédé ou présentant des signes d’atteinte neurologique :

    • le nourrisson est présenté tardivement pour être examiné suite aux troubles qu’il présente ;
    • des explications contradictoires sont données par les personnes accompagnant le nourrisson2 ;
    • un traumatisme mal défini est évoqué ;
    • un antécédent de mort non ou mal expliquée est retrouvé dans la fratrie.

    Facteurs de risque liés au nourrisson

    • le nourrisson est un garçon (tous les garçons ne sont pas des enfants secoués) ;
    • prématurité (tous les enfants nés prématurément ne sont pas des enfants secoués) ;
    • enfant né d’une grossesse multiple (tous les enfants nés de grossesse multiple ne sont pas des enfants secoués ) ;
    • pleurs incessants d’un nourrisson peuvent provoquer l’énervement puis l’incitation à la maltraitance chez les adultes qui s’en occupent. Lorsque des parents consultent pour des pleurs fréquents chez leur enfant, il est essentiel « d’évaluer » le niveau de tolérance de ces parents confrontés à ces pleurs3.

    Facteurs de risque liés à la personne qui « secoue »

    • dans la majorité des cas (70 %), il s'agit d'un homme, c’est le père plus souvent que le compagnon de la mère qui secoue4 ;
    • il n’y a pas de lien significatif entre le SBS et le milieu socio-économique.

    Les lésions associées

    • les méninges (hémorragies sous-durales ou sous-arachnoïdiennes), l’encéphale, l’oeil et la moelle épinière sont susceptibles d’être lésés dans le SBS ;
    • d’autres lésions peuvent être associées : fractures des membres, des côtes, du crâne, ecchymoses du scalp, hématomes des muscles du cou, lésions rachidiennes postérieures.
    • lésions oculaires : les hémorragies rétiniennes (HR) ne sont pas constantes dans le SBS.
    • lésions des muscles du cou, du rachis ou de la moelle cervicale ;
    • lésions cutanées : les ecchymoses sont, en l’absence de cause médicale, très évocatrices de mauvais traitements chez un nourrisson et la localisation au cuir chevelu est particulièrement importante à rechercher ;
    • lésions osseuses : bilan clinique à pratiquer devant une suspicion de SCS : analyse des courbes staturo-pondérale et de périmètre crânien, examen clinique complet à la recherche d’éventuelles lésions traumatiques, examen neurologique où l'on note le périmètre crânien (à comparer aux chiffres antérieurs), l’état de la fontanelle, du tonus axial, un éventuel déficit moteur.

    Les examens complémentaires

    Devant les signes cliniques neurologiques, les examens suivants sont demandés :

    • scanner cérébral, NFS + plaquettes, TP, TCA, facteurs de coagulation, radiographies de squelette entier.

    Diagnostics différentiels

    Le diagnostic différentiel principal est le TC accidentel. Des diagnostics médicaux, plus rares, doivent être éliminés

    Quelle prise en charge ?

    Lorsqu’un bébé est conduit mort à l'hôpital et s’il ne s’agit pas de l’évolution terminale d’une pathologie connue, le diagnostic de TCI doit être évoqué systématiquement parmi les causes de mort inattendue. L’entretien avec l’entourage proche doit être respectueux, mais aussi minutieux pour connaître les conditions décrites du décès. De toute façon, devant une mort inattendue du nourrisson, il est recommandé d’obtenir le consentement des parents à une autopsie qui permettra éventuellement de recueillir les éléments du diagnostic de secouement (en sachant que tout élément de suspicion peut amener à alerter le Procureur de la République qui pourra ordonner une autopsie médico-légale).

    Devant une détresse neurologique aiguë inaugurale, l’état clinique du bébé conduit à pratiquer en urgence un scanner cérébral et, devant la constatation d’hémorragies intracrâniennes, à rechercher la présence simultanée d’autres signes de secouement : signes de mauvais traitements
    (lésions cutanées, lésions osseuses).

    Devant des signes qui doivent orienter vers une atteinte neurologique, tels que décrits plus haut (modifications du comportement, mauvaises prises alimentaires, moins bon contact, moins de sourires, diminution des compétences de l’enfant, modifications du tonus - hypotonie axiale , mais aussi devant certains signes non spécifiques - vomissements, troubles respiratoires pauses, apnées, pâleur, bébé qui semble douloureux -, l’essentiel est d’évoquer un secouement.

    Le diagnostic de secouement /maltraitance chez un nourrisson conduit à l’hôpital est particulièrement difficile à poser. Généralement, le médecin ayant accueilli le nourrisson le fera hospitaliser comme il le fait pour tout enfant chez qui il y a une suspicion de maltraitance. Le temps de l’hospitalisation a au moins deux buts :

    • protéger immédiatement l’enfant d’éventuels sévices dirigés contre lui ;
    • donner le temps aux professionnels de la santé et sociaux, d’analyser la situation de rechercher ce qui sera le plus bénéfique d’abord pour l’enfant mais aussi pour sa famille.

    Pour conclure

    La responsabilité des professionnels est vivement impliquée dans le dépistage des SBS puis le suivi des enfants concernés par cette forme de maltraitance, ce qui ne peut que les inciter à vérifier et actualiser leurs connaissances, non seulement sur la pathologie, mais également en droit, dont le droit pénal concerné dans les situations de maltraitance.

    Notes

    1. Syndrome du bébé secoué, Rapport d’orientation de la commission d’audition, mai 2011, SOFMER, avec le soutien méthodologique de la Haute Autorité de Santé ;
    2. Ces personnes peuvent être les parents, une assistante maternelle, une professionnelle exerçant dans une structure d’accueil des jeunes enfants, une voisine...
    3. Des parents « bons parents » peuvent devenir maltraitants confrontés à des situations stressants : père ou mère travaillant de nuit, ne pouvant pas se reposer la journée confronté aux pleurs d’un bébé dans un logis trop exigu. Ceci est également valable pour des parents ne pouvant se reposer correctement la nuit
    4. Ibid.

    Marie-Jeanne LORSON
    Cadre de santé infirmier
    Rédacteur Infirmiers.com
    mariejeanne.lorson@wanadoo.fr



  • Protocole – Du bon usage des solutions hydroalcooliques au bloc opératoire

    Suivant les recommandations de la Société française d'hygiène hospitalière, le CHRU de Brest a formé le personnel des blocs opératoires au bon usage des solutions hydro-alcooliques lors de la désinfection chirurgicale des mains.

    Protocole – Du bon usage des solutions hydroalcooliques au bloc opératoireLe lavage chirurgical des mains, appris et répété maintes et maintes fois dans nos écoles d'IBODE et au sein même des blocs opératoires, est un rituel immuable et naturel, bien que légèrement différent selon le matériel disponible pour le pratiquer, les protocoles institutionnels en vigueur ou même l'époque où il a été appris. Aussi, lorsque sont arrivés massivement dans les institutions de soins les solutions hydro-alcooliques (SHA) et les recommandations des hygiénistes quant à leur utilisation pour une désinfection chirurgicale des mains, de fortes résistances ont vu le jour : contre les habitudes, contre les remises en question de nos propres pratiques, contre les croyances, contre notre époque et même contre les hygiénistes ! Il était donc nécessaire que ces derniers proposent d'expliquer et d'enseigner1 le bon usage des SHA aux professionnels des blocs opératoires ; ce qu'ils ont fait au CHRU de Brest. Quelques réunions ont donc été organisées par l'équipe d'hygiène du CHU avant la mise à disposition des distributeurs de SHA près des auges de lavages des mains, tout comme des ateliers pratiques durant les programmes opératoires, et ce pour optimiser l'assimilation du geste « technique » au plus près du patient.

    Durant ces réunions, de nombreux rappels ont été fait sur la base des « Recommandations pour l'hygiène des mains »2 éditées par la Société française d'hygiène hospitalière (SFHH). On retiendra ainsi que le but de la désinfection chirurgicale des mains en vue d'un geste à niveau de risque infectieux élevé est d'éliminer la flore transitoire et de réduire la flore résidente.

    Sur la base d'études solides rapportées dans le document de la SFHH, il est démontré que les savons à base de chlorhexidine sont plus efficaces que ceux à base de polyvidone iodée. Plus pertinent encore, les SHA permettent d'obtenir une réduction de la flore microbienne plus importante que les savons antiseptiques. Notons enfin qu'aucun produit hydro-alcoolique n'a une efficacité microbiologique supérieure aux autres.

    Ces études prennent en compte beaucoup de critères comme la quantité de produit utilisé, le temps de friction et de contact avec les mains, la comparaison chiffrée du nombre de microbes présents sur les mains après la friction et/ou le lavage, comparaison après 3h de gantage... En matière de rémanence3, l'avantage est clairement aux SHA tout comme la tolérance cutanée des produits. Cela dit, dans tous les cas, l'application des SHA doit se faire sur des mains vraiment sèches pour une efficacité maximum, visuellement propres et non poudrées.

    « Le but de la désinfection chirurgicale des mains en vue d'un geste à niveau de risque infectieux élevé est d'éliminer la flore transitoire et de réduire la flore résidente. »

    Il ressort donc que une efficacité optimale des SHA, la méthode recommandée est d'effectuer un lavage des mains au savon doux avec brossage des ongles en entrant au bloc opératoire puis d'effectuer sa première désinfection chirurgicale par friction dix minutes au moins après le séchage des mains qui succède le lavage au savon doux. En effet comme une humidité persiste au niveau de la couche cornée de la peau, attendre dix minutes permet de s'assurer que les mains seront sèches au moment de l'application des SHA. Avec le produit utilisé à Brest, la quantité à utiliser est de 9 ml (1ere friction 6 ml, 2e friction 3 ml), la friction devant se poursuivre jusqu'au séchage complet du produit. Dans une vacation opératoire, il ne serait donc pas utile de répéter le lavage au savon doux si l'on ne quitte pas le bloc et si les mains restent propres (intégrité des gants, absence de sensation de mains collantes). Seule la friction entre chaque patient est indispensable. Un gain de temps que certains sauront apprécier !

    En ces temps de crise économique et de restrictions budgétaires à tout va, le passage à la désinfection chirurgicale des mains permettrait une réduction de près de 67 % des coûts par rapport au lavage chirurgical des mains : réduction du coût des consommables, suppression des filtres aux points d'usage et diminution de la quantité d'eau utilisée !
    Le CHU de Brest a donc adapté son matériel à l'environnement des salles de bloc opératoire et créé des supports visuels pour que les professionnels puissent suivre le protocole institutionnel pendant le geste de désinfection chirurgical des mains. Aujourd'hui, il semble que le fait de maintenir le matériel adéquat aux deux types de traitement chirurgical des mains soit un frein majeur à l'utilisation exclusive des SHA. Il apparaît aussi que l'observance des bonnes pratiques recommandées soit « équipe-dépendante » malgré la satisfaction globale de ceux qui l'utilisent. Quant aux infections du site opératoire, il semble difficile de prouver qu'elles sont moindres avec telle ou telle pratique.

    En conclusion, cette mise en place aujourd'hui pérenne ne garantit pas que dans quelques temps des améliorations soient à nouveau proposées dans la désinfection chirurgicale des mains au bloc opératoire. C'est le propre de l'hygiène que de remettre les pratiques en question et aussi sans doute un autre débat...

    Notes

    1. Remerciements au Dr Baron, médecin hygiéniste au CHU de Brest pour ses précisions et la mise à disposition de ses supports de formation.
    2. Recommandation pour l'hygiène des mains, Société française d'hygiène hospitalière, 2009, volume XVII, p.104.
    3. Désigne l'effet anti-microbien de l'antiseptique persistant sur la peau.

    Nicolas LE VERGE
    Infirmier de bloc opératoire diplômé d’État (IBODE)
    rédacteur infirmiers.com
    lvergeni@numericable.fr



  • IADE - Le master dès septembre ?

    Les discussions sur le contenu du futur master 2 des infirmiers anesthésistes diplômés d’État (Iade) ont abouti le 30 janvier 2012, lors de la dernière réunion du groupe de travail qui y était consacré, a-t-on appris le 31 janvier de source syndicale.

    IADE - Le master des septembre ?En janvier 2011, la secrétaire d’État à la santé, Nora Berra, avait annoncé la mise en place du master pour l'automne 2012.

    Un référentiel de compétences et un référentiel d'activités ont été définis en 2011, à l'issue de travaux menés avec les représentants des Iade par le ministère du travail, de l'emploi et de la santé.

    Ces derniers mois, le contenu et le découpage des enseignements ont fait l'objet d'un groupe de travail organisé par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. La dernière réunion a eu lieu le 30 janvier 2012, a précisé le lendemain à l'APM Olivier Youinou, responsable Iade au syndicat SUD santé.

    "Nous avons terminé le travail sur le contenu des enseignements" et sur le projet d'arrêté qui doit l'acter, a-t-il déclaré.

    Le projet devrait être présenté fin mars à l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Aeres), qui validera ou non la mise en place d'une formation reconnue au grade de master.

    Le syndicaliste a estimé qu'il n'était "absolument pas" certain que la réforme soit en place dès septembre prochain.

    Selon lui, le ministère de l'enseignement supérieur a affirmé le 30 janvier que cela serait possible, mais à condition que la ligne budgétaire liée au master soit ouverte. "On attend l'aval de Bercy", a déclaré Olivier Youinou.

    La nouvelle formation se déroulera, comme l'actuelle, sur deux ans. Elle prévoira 210 heures d'enseignements théoriques en plus, soit 910 heures en tout, a précisé Olivier Youinou.

    Les stages, eux, seront réduits de 70 à 58 semaines, soit quelque 2 000 heures. Le syndicaliste s'est inquiété de la raréfaction des terrains de stages liée aux fermetures de blocs, une répercussion selon lui de la loi hôpital, patients, santé et territoires (HPST) de 2009.



  • La santé au travail encadrée par deux décrets

    Les deux principaux décrets d'application de la loi du 20 juillet 2011 sur la médecine du travail sont parus au Journal officiel du 31 janvier 2012.Les deux textes, datés du 30 janvier, entreront en vigueur au 1er juillet 2012.

    La sante au travail encadree par deux décretsLe décret n°2012-135 sur l'organisation de la médecine du travail précise les missions des services de santé au travail (SST) interentreprises, notamment celles du médecin du travail, et définit les actions et moyens des différents membres de l'équipe pluridisciplinaire.

    Le médecin du travail est ainsi défini comme "le conseiller de l'employeur, des travailleurs, des représentants du personnel et des services sociaux". Il "conduit des actions sur le milieu de travail, avec les autres membres de l'équipe pluridisciplinaire dans les services de santé au travail interentreprises, et procède à des examens médicaux".

    Les neuf domaines de compétence listés sont identiques à ceux en vigueur, avec un changement de dénomination sur "l'adaptation des postes, des techniques et des rythmes de travail" se rapportant désormais "à la santé physique et mentale, notamment en vue de préserver le maintien dans l'emploi des salariés".

    Il est précisé que le médecin du travail "assure personnellement l'ensemble de ses fonctions" qui sont "exclusives de toute autre fonction dans les établissements dont il a la charge et dans le service interentreprises dont il est salarié".

    Il peut "confier certaines activités, sous sa responsabilité, dans le cadre de protocoles écrits, aux infirmiers, aux assistants de service de santé au travail ou, lorsqu'elle est mise en place, aux membres de l'équipe pluridisciplinaire".

    Le SST ou l'employeur peut recruter des "collaborateurs médecins". Ils devront "s'engager à suivre une formation en vue de l'obtention de la qualification en médecine du travail auprès de l'Ordre des médecins" et seront "encadrés par un médecin qualifié en médecine du travail qu'ils assistent dans ses missions".

    Les fonctions et statut des internes en médecine du travail faisant un stage dans un SST sont modifiés, en précisant que ce stage se fait dans le cadre d'un diplôme d'études spécialisées de médecine du travail ou en deuxième cycle des études médicales.

    Il est ajouté que l'interne pourra être autorisé à exercer la médecine du travail en remplacement d'un médecin du travail temporairement absent ou dans l'attente de la prise de fonction d'un médecin du travail s'il a le niveau d'études nécessaire et s'il est autorisé par le conseil départemental de l'Ordre des médecins.

    Protocole pour l'activité des infirmiers

    Le décret précise les qualités requises des membres de l'équipe pluridisciplinaire du SST, personnel infirmier, intervenant en prévention des risques professionnels (IPRP) des SST interentreprises et assistant de SST - nouvelle fonction reconnue pour le travail administratif du service.

    Le décret crée une obligation d'inscrire un infirmier à une formation en santé au travail s'il n'en a jamais suivi avant et un principe de favoriser sa formation continue.
    Un protocole définira ses missions, notamment l'organisation éventuelle d'un entretien infirmier - dont il est précisé qu'il ne peut pas statuer sur l'aptitude ou l'inaptitude médicale du salarié -, des examens complémentaires, ainsi que sa participation à des actions d'information collective dans l'entreprise.

    Le statut de l'intervenant en prévention des risques professionnels est étoffé, pour mieux définir ses missions et préciser son indépendance.

    Le décret liste 12 types d'actions sur le milieu du travail et précise les modalités du suivi individuel de l'état de santé des salariés (examen d'embauche, examens périodiques, surveillance médicale renforcée).

    Les critères de surveillance médicale renforcée sont réécrits pour lister notamment les expositions à des risques (amiante, rayonnements ionisants, plomb, risque hyperbare, bruit, vibrations, agents biologiques des groupes 3 et 4 et agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction de catégories 1 et 2).

    Structure des SST

    Le décret n° 2012-137 relatif à l'organisation et au fonctionnement des SST porte sur la structure du service, soit un SST autonome rattaché à un groupe, une entreprise, un établissement à partir de 500 salariés ou un SST interentreprises.

    Il précise les conditions de création (avis du comité d'entreprise -CE) et les relations des SST avec les directions régionales de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi.

    Le décret précise le rôle et les modalités de fonctionnement de la commission médico-technique, qui élabore le projet pluriannuel de service sur cinq ans, et des instances de surveillance et de consultation.

    Par ailleurs, deux décrets et un arrêté, d'application immédiate, sont également publiés, sur la fiche de prévention des expositions aux facteurs de risques professionnels que l'employeur doit remplir concernant chaque travailleur exposé à un ou plusieurs facteurs de risques professionnels liés à des contraintes physiques marquées, à un environnement physique agressif ou à certains rythmes de travail susceptibles de laisser des traces durables identifiables et irréversibles sur sa santé.



  • TFE – La relation de confiance soignant/soigné


    En novembre 2011, Romain Templier, étudiants de 3e année à l'Institut de formation en soins infirmiers Bertrand Schwartz (promotion 2008-2011) soutenait avec succès (note de 54/60) son travail de fin d'étude sur le thème suivant : «  La relation de confiance soignant/soigné ». Il souhaite aujourd'hui le partager avec la communauté d'Infirmiers.com et nous l'en remercions.

    TFE Romain TemplierRomain Templier argumente ainsi son travail de recherche : « Lors de mes stages, j’ai eu souvent l’occasion d’observer le travail qu’un infirmier peut accomplir, que ce soit au niveau des soins, de son travail administratif, ou du relationnel. J’ai également pu remarquer des situations de soins où l’infirmière s’est trouvée confrontée à des refus de soins ou, a contrario, des infirmières qui refusaient d’aller soigner un patient par peur.

    Ma première question a déjà était de savoir à quoi était dû ces refus, de part et d’autre. En avançant dans ma formation, j’ai compris qu’un gros travail restait à faire, pour éviter ces refus, ces échecs. J’ai donc cherché à comprendre les raisons de ces échecs, et en analysant ces situations j’ai constaté qu’un manque de confiance mutuel, soigné, infirmier pouvait en être la cause.

    Suite à ce constat, j’ai orienté mon travail sur la relation de confiance entre le soignant d’une part, et le soigné d’autre part, en me posant la question suivante : en quoi l’instauration d’une relation de confiance entre le soignant et le soigné améliore-t-il le soin ?

    Au travers des situations vécues pendant mes stages et mes recherches, j’ai constaté que « prendre soin » de la personne, est non seulement mieux pour le patient, mais également plus gratifiant pour le soignant ; gratifiant dans le sens où on se met dans une position de réflexion par rapport au patient. Et ce « prendre-soin » doit nous aider à instaurer un climat de confiance entre le soigné et l’infirmier. Celui-ci permettra une communication qui facilitera l’obtention d’informations de la part du patient. Dès le début de l’hospitalisation du patient, il est essentiel de lui démontrer une prise en charge physique et psychologique, et non pas une appréciation ou un jugement de sa personne ou de son vécu. Nous ne sommes pas là pour le juger, mais pour l’aider. En conclusion, chaque soignant doit tout faire pour mettre en confiance le patient. Pour cela il doit l’écouter, lui parler, le rassurer, l’aider. D’ailleurs n’est-ce pas les principales qualités personnelles, mais aussi professionnelles que l’on demande à un infirmier ? »

    < Lire le TFE « La relation de confiance soignant/soigné » (PDF) >

    N'hésitez pas à nous adresser vos TFE, à partir du moment où ils ont été soutenus, et notés, et nous les publierons sur Infirmiers.com. Pour cela, envoyez le à : bernadette.fabregas@izeos.com.

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    Bernadette FABREGAS
    Rédactrice en chef IZEOS
    bernadette.fabregas@izeos.com